21 janvier 2026
Fatoumata Sacko
Cet article a été rédigé par Fatoumata, Trichologue certifiée IAT et Consultante capillaire spécialisée dans le diagnostic capillaire et les troubles du cuir chevelu.
Clascotérone et alopécie androgénétique : état des lieux scientifique d’un nouvel anti-androgène topique
Comprendre le mécanisme de la clascotérone
Le mécanisme est aujourd’hui bien connu :
La testostérone est transformée en DHT (dihydrotestostérone) par l’enzyme 5-alpha-réductase
La DHT se fixe sur les récepteurs androgéniques situés dans la papille dermique
Ce signal entraîne une miniaturisation progressive du follicule
Les cheveux deviennent plus fins, plus courts… jusqu’à disparaître
La clascotérone agit précisément à cet endroit clé.
👉 Elle ne bloque pas la production de DHT dans tout le corps
👉 Elle empêche la DHT de se fixer sur son récepteur uniquement au niveau du cuir chevelu
Autrement dit, elle coupe le message, pas l’hormone.
Pourquoi ce mécanisme est considéré comme révolutionnaire
Les traitements actuels reposent sur deux stratégies imparfaites :
Le finastéride : inhibition systémique de la DHT → exposition hormonale globale
Le minoxidil : stimulation artificielle de la pousse → sans correction de la cause hormonale
La clascotérone introduit une troisième voie :
Un anti-androgène topique ciblé, sans bouleversement hormonal général.
C’est une forme de chirurgie biologique moléculaire :
le follicule cesse d’« écouter » la DHT, tout en préservant l’équilibre endocrinien du reste du corps.
Données cliniques : que montrent réellement les études de Cosmopharmaceuticals
Résultats après 6 mois d’application topique à 5 % :
augmentation statistiquement significative du nombre de cheveux
gain relatif allant de +168 % à +539 % par rapport au placebo
amélioration perçue par les participants
absence d’effets systémiques hormonaux significatifs
Il convient toutefois de rappeler que ces pourcentages sont comparatifs et non absolus. Leur interprétation clinique définitive dépendra de publications complètes évaluées par les pairs.
Sécurité et statut réglementaire :
La clascotérone est déjà approuvée par la FDA dans le traitement de l’acné, ce qui offre un recul notable sur son profil de tolérance.
Pour l’indication alopécie androgénétique aucune autorisation officielle n’est encore accordée.
La clascotérone va-t-elle rendre la greffe capillaire obsolète ?
La réponse est claire : non.
La clascotérone ne recrée pas de follicules détruits.
Elle protège et stabilise ceux qui sont encore vivants.
Zones totalement glabres depuis des années → greffe toujours nécessaire
Chutes débutantes, diffuses, hormonales → potentiel préventif majeur
Elle pourrait devenir une arme très efficace contre la progression de la calvitie.
Mon regard de trichologue
Dans le débat autour de l’alopécie androgénétique, la DHT est souvent désignée comme l’unique coupable. Cette vision est compréhensible, mais elle reste scientifiquement incomplète.
Oui, la DHT joue un rôle clé. Mais réduire la calvitie à un simple problème hormonal, c’est passer à côté d’une grande partie du mécanisme réel. En pratique clinique, la miniaturisation folliculaire est presque toujours associée à un état inflammatoire chronique du cuir chevelu.
Les cheveux ne tombent pas parce que la DHT est présente, mais parce que les follicules deviennent progressivement hypersensibles à cette hormone.
Cette hypersensibilité ne survient jamais par hasard. Elle est favorisée par le stress chronique, les carences nutritionnelles, une alimentation appauvrie en micronutriments, les troubles du sommeil, l’inflammation systémique, les déséquilibres digestifs et une hygiène du cuir chevelu inadaptée.
Autrement dit, le problème n’est pas la DHT en soi, mais la perte de tolérance du follicule.
Dans ce contexte, la clascotérone, aussi prometteuse soit-elle, ne peut être pleinement efficace lorsqu’elle est utilisée seule. Bloquer le message hormonal ralentit le processus, mais si le terrain reste inflammatoire et fragilisé, le follicule continue à se dégrader biologiquement.
Illustration clinique : étude observationnelle sans anti-androgènes
Une étude publiée en août 2023 dans une revue internationale de compétences cliniques a suivi 100 patients atteints d’alopécie androgénétique (62 hommes et 38 femmes).
Fait majeur :
tous présentaient des taux hormonaux, y compris de DHT, parfaitement normaux.
Pourtant, la chute était bien réelle. Elle avait débuté après une accumulation de facteurs non hormonaux : stress prolongé, carences nutritionnelles, troubles du sommeil, mauvaises habitudes de vie et hygiène du cuir chevelu déficiente.
Avec le temps, cette chute fonctionnelle s’est transformée en véritable alopécie androgénétique, par hypersensibilisation progressive des follicules aux androgènes.
Les patients ont suivi un protocole reposant exclusivement sur des compléments nutritionnels ciblés, sans minoxidil, sans finastéride et sans anti-androgènes.
Résultats observés :
chute contrôlée en 4 à 6 semaines
femmes : +20 % de densité capillaire en 4 mois
hommes : +24 % de densité capillaire
La conclusion est claire : toutes les alopécies commencent par des facteurs non androgéniques. Ces facteurs génèrent des radicaux libres responsables de l’inflammation chronique, de dommages cellulaires et d’altérations de l’ADN folliculaire, rendant progressivement les follicules intolérants aux androgènes.
Quelle place pour la clascotérone demain ?
Dans ce contexte, la clascotérone ne doit pas être perçue comme une solution miracle, mais comme un outil puissant au sein d’une stratégie globale. Traiter le message hormonal sans restaurer l’environnement biologique du follicule revient à intervenir trop tard dans la chaîne physiopathologique.
La repousse durable ne peut émerger que lorsque l’on agit simultanément sur le terrain interne du corps et sur les mécanismes locaux du cuir chevelu. C’est cette approche intégrative, à la croisée de la science, de la nutrition et de la trichologie clinique, qui dessine aujourd’hui l’avenir de la médecine capillaire.
Sources :
https://academic.oup.com/ced/article-abstract/45/7/913/6597921?redirectedFrom=fulltext
https://www.cosmopharma.com/news/cosmo-announces-breakthrough-phase-iii-topline-results-from-scalp-1-and-scalp-2-for-clascoterone-5-solution-in-male-hair-loss-showing-up-to-539-relative-improvement-in-target-area-hair-count-vs-place
https://www.researchgate.net/publication/373799014_Clinical_Report_of_Acquired_Androgen_Sensitivity_from_Non_Androgenic_Factors?enrichId=rgreq-d5fc84c01b8c373372accae72553614d-XXX&enrichSource=Y292ZXJQYWdlOzM3Mzc5OTAxNDtBUzoxMTQzMTI4MTE4NzU2MjIwM0AxNjk0Mjc3NzU4ODM1&el=1_x_2&_esc=publicationCoverPdf
